1908/2011
Laurent Blanc (entraineur équipe de France) : "Le talent ne suffit pas"
Un fiasco à solder, un blason à redorer, une qualification à assurer… Il y a un an, Laurent Blanc prenait la tête d’une équipe de France en chantier. Séduisants et conquérants, les Bleus ont bien changé en 12 mois. A l’évidence, ce retour en grâce est marqué du sceau de son sélectionneur.
Car s’il aime les défis, Laurent Blanc est surtout un gagneur. Après une carrière exemplaire de joueur jalonnée de multiples titres nationaux, continentaux et mondiaux, le Président s’est offert une reconversion parfaite. Sur le banc de Bordeaux, il est nommé meilleur entraîneur de Ligue 1 dès sa première année (2007/08) avant d’offrir le sacre l’année suivante. Le costume de patron tricolore semblait être fait pour lui.
"Ce qui m’importe, c’est uniquement de me qualifier pour l’Euro", répète-t-il à l’envi. "C’est uniquement ce qu’on demande à un sélectionneur !" Laurent Blanc est donc en train de remplir sa mission : la France est première de son Groupe D qualificatif pour l'UEFA EURO 2012, bien placée pour décrocher son sésame. Au micro de FIFA.com, Laurent Blanc revient sur cette première année à la tête des Bleus.
M. Blanc, un an après votre arrivée à la tête de l’équipe de France, pensez-vous connaître les clefs du métier de sélectionneur ?
Certainement pas. Mais je ne pense pas que cela soit possible non plus. La durée de vie d’un sélectionneur n’est jamais très longue, comme celle d’un entraîneur d’ailleurs. Certes, il y a des sélectionneurs avec davantage d’expérience que moi. Mais ce n’est pas de connaître le job sur le bout des ongles qui m’intéresse. Ce qui m’importe, c’est uniquement de me qualifier pour l’Euro. Et cela ne sert à rien de connaître le travail si vous ne qualifiez pas votre équipe ! C’est uniquement ce qu’on demande à un sélectionneur. La chose la plus importante est de bien travailler et d’appliquer ce que l’on veut mettre en place.
Après avoir passé un an à la tête de l’équipe de France, êtes-vous en mesure de comparer le poste de sélectionneur et celui d’entraîneur de club ?
Ces deux postes n’ont rien à voir. Ce sont deux métiers différents. Lorsque vous prenez un club, vous avez à disposition vos joueurs quasiment tous les jours. Vous pouvez les faire progresser, communiquer, parler, échanger, dialoguer. Pour un sélectionneur c’est pratiquement impossible. Prenons un exemple concret. Pour le match face au Chili, les joueurs arrivent à une heure de l’après midi le lundi, nous jouons le mercredi soir à 21h00. Que voulez-vous voulez mettre en place en ce court laps de temps ? Hormis les faire récupérer et essayer de leur dicter une certaine philosophie de jeu et de vie, on ne peut pas faire beaucoup plus. Il faut avoir du temps. Le métier de sélectionneur est plus difficile que le métier d’entraîneur : on demande à un entraineur comme à un sélectionneur de gagner, mais l’entraineur a un plus de temps pour remplir sa mission.
Êtes-vous frustré par cela ?
C’est la réalité. Tous les sélectionneurs sont logés à la même enseigne. Après il faut avoir la chance d’avoir une équipe compétitive le plus vite possible. Ce n’est pas notre cas, cela met un peu de temps. Rien n’est facile. Nous sommes dans une période de construction, où nous ne faisons plus partie des meilleures équipes européennes, voir mondiales. Et c’est compliqué.
Vous avez dit récemment qu’un noyau se dégageait. Vous considérez-vous dans les temps ?
Je confirme qu’un noyau se dégage. Mais je ne me suis pas mis de date butoir. La seule échéance importante pour tout le groupe, pour la fédération et pour les gens qui aiment le football est l’Euro. La construction d’une équipe prend beaucoup de temps. Parfois ça prend même tellement de temps que vous n’avez pas eu le temps d’en former une ! (rires) Nous essayons d’avancer étape par étape. Nous sommes en train de créer un noyau certes, mais la chose la plus importante est de gagner des matches. Car cela fait accélérer les choses.
Qui compose ce noyau ?
Il se compose de cinq-six joueurs. Si l’on se penche sur les convocations depuis le début de mon mandat, on s’aperçoit qu’il y a quelques joueurs qui font toujours partie du groupe. C’est un bon signe pour eux. Mais rien n'est défini, rien n’est définitif. L’équipe de France doit savoir faire de la place à des jeunes joueurs et à des joueurs qui sont momentanément dans un état de forme excellent. C’est important pour installer une concurrence perpétuelle. Quand vous êtes sûr d’être sélectionné en équipe nationale, la motivation se fait de plus en plus rare. Et c’est une chose à éviter.
Vous avez été champion du monde en 1998 en tant que joueur. Est-ce que vous essayez de reproduire la même recette ? Et quelle est-elle ?
Les époques changent et le football avec. Dans un sport collectif, il faut avoir des talents individuels. Mais surtout, il faut savoir mettre ce talent individuel au service du collectif et non le contraire. On a pu voir que le contraire était très dangereux, je pense que c’était une partie du problème en Afrique du Sud il y a un an. Le talent est donc important, mais il faut surtout essayer de créer un état d’esprit, un collectif : c’est fondamental pour gagner des matches et obtenir des titres. Le travail est là.
À quoi ressemble l’état d’esprit du groupe de Laurent Blanc ?
C’est lorsque vous faites une tournée, que vous avez du temps que vous pouvez le juger. Sur trois jours, les choses vont un peu vite ! Cela a donc été un peu l’objet de notre tournée en Europe de l’est en juin. Même si l’on peut regretter le résultat contre le Bélarus, nous n’avons eu qu’à nous réjouir de l’état d’esprit des joueurs et du staff. A l’évidence, ce genre de stage permet d’approfondir les liens du groupe. On essaiera de renouveler l’expérience.
Zinedine Zidane a dit que Raphaël Varane, le nouveau défenseur du Real Madrid, avait le potentiel pour être le nouveau Laurent Blanc. D’après vous, y a t-il en France un nouveau Zidane ?
Nous aimerions tous qu’il y ait un nouveau Zidane, un nouveau Barthez. Mais il ne faut pas vivre avec le passé. Il faut vivre avec son temps et l’avenir. Nous avons de bons jeunes joueurs, mais selon moi, nous n’avons pas encore de joueurs qui ont véritablement explosé, comme Zidane à une certaine époque. On attend tous que ces garçons brillent dans les grands clubs. Cela serait bien pour eux, pour leur club et aussi pour l’équipe nationale. Quant au joueur du Real Madrid, je pense que c’est un garçon qui a du potentiel, mais il n’est pas le seul. Il a des qualités, j’espère qu’il aura du temps de jeu pour pouvoir les montrer. Mais j’ai quelques doutes.
En parlant de jeunes joueurs, vous connaissez sans doute les Neymar, Ganso et autres Lucas. Que vous inspire cette génération de jeunes talents ?
On ne fait que parler d’eux ! Ce sont de bons jeunes joueurs, mais on peut s’apercevoir que l’équipe du Brésil a du mal collectivement à s’imposer, malgré ses talents individuels. Il n’y a qu’à voir la dernière Copa América. Des joueurs au talent individuel hors pair ne font pas forcement une très grande équipe. L’Argentine et le Brésil le démontrent. Le talent ne suffit pas même s'il vaut mieux en avoir pour faire une grande équipe. Mais quand vous avez du talent, voire du génie, il n’est pas automatique que vous ayez une grande équipe. Heureusement, sinon le Brésil n’aurait pas gagné cinq coupes du monde, mais 10 (rires) ! Il faut bien qu’ils en laissent un petit peu aux autres…
Source : FIFA.com